jeudi 2 octobre 2008

Tout est dans le titre

WE OWE YOU NOTHING
Punk Planet : The collected interviews
Daniel Sinker

Il faut se rendre à l'évidence : En un peu plus de trente ans, le punk-rock a changé plus de vies que des siècles de philosophies et de religions réunies. Dernièrement plusieurs ouvrages, livres ou documentaires, se sont penchés sur l'histoire de ce véritable bouleversement culturel. Que ce soit d'un point de vue général, ou pour se concentrer sur une période précise du mouvement. Le livre qui nous intéresse aujourd'hui, We Owe You Nothing, est un recueil des meilleurs articles parus entre 1997 et 2000 dans la revue Punk Planet, sélectionnés par son créateur Daniel Sinker.
Retour au début des années 90. Le punk-rock connaît un certain regain d'intérêt, en grande partie grâce à l'explosion Nirvana. Résultat, les maisons de disques signent tout ce qui ressemble de près ou de loin à des jeunes en colères moulinant trois accords sur des tempos rageurs. A l'époque, la bible du mouvement s'appelle Maximum Rock'n'Roll. Et devant la "commercialisation" punk ambiante, le journal commence à donner dans l'élitisme. Jusqu'à décréter que tel groupe ou tel attitude n'est pas punk. Et quand Maximum Rock'n'Roll décide que vous n'êtes pas punk, vous êtes finis. De nombreuses personnes à la démarche pourtant sincère se font ainsi écarter par pur snobisme mal placé.
Parmi les lecteurs assidus du journal, Daniel Sinker. En 1994, à 19 ans, il est inscrit à l'Art Institute de Chicago, est incapable de garder un boulot et est obsédé par le punk-rock. Et plus particulièrement par l'idée initiale que le punk-rock est accessible à tous. Qu'il ne connaît pas de barrières. Le punk-rock, au départ, dit que tout le monde peut prendre part au mouvement. Autant dire qu'il n'accepte pas la démarche arbitrairement sélective orchestrée par Maximum Rock'n'Roll. Et le fait que certains de ses amis se voient dénigrés par quelques journalistes prétentieux n'aide pas la situation. Alors Daniel va se poser la question essentielle : "Pourquoi" ? "Pourquoi est-ce que moi, je ne pourrais pas publier un magazine qui reflète ce qu'est vraiment la culture punk" ? Ce "pourquoi", Daniel Sinker va tout faire pour lui apporter une réponse. La première, c'est évidemment : Do It Yourself ! Le fameux "fais le toi-même" qui est devenu la devise des punks dès 1976, et qui a été totalement affirmée dans les années 80, par la scène punk-hardcore américaine. C'est ainsi que démarre Punk Planet. Et ce "pourquoi" va devenir le principal moteur, la motivation, du journal. Entouré de collaborateurs aussi passionnés que lui, et venant d'horizons assez divers, Daniel Sinker va aller à la rencontre de ceux qui sont la culture punk. Qu'ils soient musiciens, illustrateurs, patrons de labels indépendants, distributeurs, producteurs et même universitaires/chercheurs, ils racontent tous "pourquoi" ils font ce qu'ils font, dans des interviews qui ressemblent beaucoup plus à de véritables entretiens qu'à un simple formulaire questions/réponses. Ainsi on parle évidemment musique, mais également des différents modes de pensés qui forment le mouvement punk-rock. Parmi les chapitres les plus intéressants : les entretiens avec Kathlyn Hanna et Sleater Kinney, sur le mouvement Riot Grrrl et la place des femmes dans le monde machiste du rock ; Les entrevues avec tous les membres de Black Flag racontant chacun leur vision de l'histoire du groupe ; On passe de Jello Biafra à Noam Chomski, sans que cela soit choquant. Parce qu'au fond les motivations de ces personnes sont les mêmes. Agir autrement ; Remettre en cause ; Questionner. "Pourquoi" ? On y revient, encore et toujours. Au fil des pages, on croise quelques contradictions mais jamais une incohérence. Même dans le surprenant discours très capitaliste d'un Frank Kozik (illustrateur et fondateur du label Man's Ruin), ou la diatribe Violemment anti-corporatiste délivrée par l'intransigeant Steve Albini (producteur et musicien qu'on ne présente plus vraiment).
En 2007, le numéro 80 de Punk Planet parait. Sur la couverture, on peut lire cette phrase : "Ceci est le dernier numéro de Punk Planet, maintenant c'est à vous de mener le combat". Le témoignage que représente We Owe You Nothing, par les sujets abordés et les réflexions qui en ressortent, nous rappelle que le punk-rock n'est pas seulement un genre musical. C'est un véritable mouvement culturel. Un mode de vie. Parallèle, mais pas détaché. En cela, ce livre est non seulement l'un des plus passionnants sur le sujet, mais probablement le plus inspirant.

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