vendredi 23 janvier 2009

plaisirs honteux

GLASVEGAS
Glasvegas

Il aura fallu attendre janvier 2009, pour que le premier album de Glasvegas bénéficie d’une sortie française. Le groupe, pourtant, est énorme en Grande Bretagne depuis septembre 2008. Le faiseur de hype NME l’a même déjà consacré « meilleurs nouveau groupe de rock du monde ». Rien que ça. Non pas qu’ils soient les premiers à se voir décerner cette glorification par le très constant (rires) hebdomadaire Britannique, mais bon ça éveille la curiosité. Forcément. Et puis, un groupe qui s’habille en noir, avec une batteuse jouant debout, ne peut de toute façon pas être totalement mauvais (le Velvet Underground, quelqu’un ?).
Les Glasvegas sont écossais (de Glasgow, d’où une partie de leur nom). Comme les Jesus And Mary Chain. La comparaison n’est pas innocente, on compte parmi leurs admirateurs Alan McGee, manager et producteur du groupe des frangins Reid. Et puis surtout, Glasvegas fait usage d’une sérieuse saturation pour habiller ses mélodies larmoyantes qui doivent autant aux girls groups 60’s qu’à la new wave (« Lonesome Swan », « It’s My Own Cheating Heart That Makes Me Cry »). Cela serait suffisant pour paresseusement qualifier Glasvegas de groupe post-Raveonettes. Ce serait ne pas prendre en compte le caractère typiquement britannique du combo. Sous ses vrais faux airs de Joe Strummer, James Allan chante d’une voix très affectée des histoires déchirantes (« Polmont On My Mind ») aux couleurs d’une Écosse prolétaire à l’accent bien marqué : « Go Square Go », le magnifique « Geraldine » et son texte sur l’A.N.P.E déguisé en déclaration d’amour (ou comment mêler ironie et talentueux premier degré).
Après quelques écoutes, cependant, on se prend à être vaguement dérangé. Problème : Glasvegas, sous une caution « indée fragile et intello », n’échappe pas à un trop plein de lyrisme qui n’est finalement pas très éloigné de certains trucs très putassiers, du genre Editors ou Snow Patrol. Soit l’écurie des abominables wannabe U2 version « dark ». Oui, problème oui. Pourtant ce même lyrisme, dans un ultime retournement de situation, arrive parfois à évoquer des choses plus recommandables comme le romantisme cold rock d’Interpol passé au flou shoegazing. Mais le plus important, c’est que ces compositions implacablement tire larmes finissent par accompagner tous nos vagues à l’âme. Avec un peu d’embarras, nous voilà obligé d’admettre qu’on se laisse avoir par ces pop songs mélodramatiques. Des chansons dont il faut bien reconnaître le caractère totalement bouleversant (« Daddy’s Gone », « Flowers And Football Tops »).
Alors qu’ils avaient tout pour être le Velvet Underground du 21e siècle, Glasvegas ne parvient finalement qu’à satisfaire des plaisirs honteux. Et pourquoi pas ?

jeudi 22 janvier 2009

untitled

NINE INCH NAILS
The Slip

A l’aube de la fin de la première décennie du vingt et unième siècle, il est important d’envisager deux facteurs afin d’aborder la production musicale en général, et la publication de The Slip en particulier. Tout d’abord, et cela concerne essentiellement les États-unis, les années Bush auront permis une certaine résurgence de l’implication politique chez certains groupes. Surtout pendant son deuxième mandat. Ensuite, et là tout le monde est concerné, la fameuse « crise du disque » a amené plusieurs artistes à revoir leurs méthodes de publication et/ou de distribution. Ce qui, dans un sens, reste politique.
Le premier facteur a touché jusqu’à des artistes inattendus. Un des exemples les plus frappants étant le très tourmenté Trent Reznor. Ayant arrêté les drogues et l’alcool, cet artiste jusqu’alors très tourné vers son nombril (ce qui lui a quand même permis de réaliser de fabuleux albums, dont son indiscutable chef-d’œuvre : The Downward Spiral) s’est soudainement découvert, grâce à la sobriété, une conscience politique (en plus d’une productivité accrue). Cet éveil a donné de très bons résultats, tout d’abord sur l’album With Teeth, avec l’imparable single «The Hand That Feeds» ; Et ensuite sur l’album concept Year Zero. Trent Reznor est écoeuré par la politique de son pays et envisage ses conséquences à plus ou moins long terme, avec beaucoup d’appréhension.
Le deuxième facteur, quant à lui, est quelque chose que Reznor attendait, semble t’il, avec beaucoup de délectation. En effet, il affiche depuis plusieurs années son ras le bol des maisons de disques, de leurs contraintes contractuelles et de leur incompétence de plus en plus flagrante. Allant même, lors de ses récents concerts, à inciter ses fans à voler ses disques. Que ce soit sur Internet ou directement en magasin. PO-LI-TI-QUE, on vous dit !
Véritable engagement ou simple coup marketing ?
Après la sortie en ligne, à un prix assez dérisoire, de l’album instrumental Ghosts I-IV, la publication de The Slip semble vouloir confirmer la première option. Trent Reznor propose ce nouvel album en téléchargement gratuit, avec comme message à ses fans : «celui-là c’est cadeau, merci pour votre soutient». Ultime pied de nez à l’industrie du disque, il annonce quelques jours plus tard que la publication physique du disque sera limité à 250000 exemplaires au niveau mondial. Quand on sait que l’album a très largement dépassé le million de téléchargements, on peut se demander si on n’est pas déjà en présence d’un collector.
Tout ce battage médiatique ne serait-il pas là pour faire passer un album dont la gratuité pourrait être expliquée par sa faiblesse qualitative ?
Bon, Il faut bien admettre que ce disque sonne parfois comme s’il avait été composé à partir des chutes de studios des trois ou quatre précédents. Avec son rythme discoïde, le single « Discipline » sonne largement comme le petit frère des morceaux les plus immédiats de With Teeth, « The Hand That Feeds » en tête. Le final de « Hands Down » évoque les récentes expérimentations bruitistes de Year Zero. Enfin, les deux plages instrumentales, « Corona Radiata » et « The Four Of Us Are Dying » font l’amalgame entre les passages les plus contemplatifs de The Fragile et les paysages sonores de Ghosts I-IV. Mais on parle là de Trent Reznor. Pas le genre d’artiste à composer des albums dont il est à moitié satisfait. Et même s’il ne lui faut aujourd’hui que quelques mois pour composer et enregistrer un disque (contre 5 ans, auparavant), cette soudaine surproductivité n’entache en rien la qualité de ses compositions. Elle n’est finalement que le résultat de sa liberté nouvellement retrouvée. Certes, The Slip n’est pas révolutionnaire dans la discographie de Nine Inch Nails. Et le groupe, aujourd’hui, sonne peut-être moins torturé, plus « propre ». Mais le niveau d’exigence artistique de Reznor est loin d’avoir baissé. Pour preuve, on se rend compte sur le reste du disque qu’il est toujours capable de composer des mélodies attrape cœur (« Head Down », « Echoplex »), et de péter les tensiomètres avec des morceaux nerveux aux rythmiques terrassantes (« 1,000,000 » « Demonseed »). Sans oublier de continuer à exprimer sa récente rage anti-Bush ("Letting You"). En définitive, Reznor ne fait que puiser dans sa principale influence : Nine Inch Nails.
Ses récents détracteurs diront qu’il tourne en rond. Euh… Constat : Si tout le monde tournait en rond comme Trent Reznor, la proverbiale crise du disque aurait peut-être été moins violente (ne mettons pas tout sur le dos des labels, non plus).

lundi 19 janvier 2009

vive le roi

KING KHAN & THE SHRINES
The Supreme Genius Of King Khan & The Shrines

“On m'appelle le roi de la jungle, l'homme tigre, je suis King Khan et je suis accompagné de mes Sensationnels Shrines ». C’est avec cette présentation en forme d’hommage à Rufus Thomas, que le Mahârâja du groove lubrique, le sultan du rhythm’n’punk obscène se fait connaître à nos oreilles émerveillées. King Khan, donc.
D'origine Indo Québécoise, celui qui se fait à ses débuts appeler Black Snake, joue de la basse dans le groupe garage punk The Spaceshits. C'est lors d'une tournée Européenne en 1999, qu'il décide de s'installer à Berlin. Là, il se renomme (et se sacre) King Khan et assouvie enfin son rêve : Monter un big band, avec go-go danseuse et tout le tremblement cuivré. Une fois son armée nommée The Shrines, le roi Khan va s'employer à envahir le reste de l'Europe avec une musique mélangeant rhythm’n’blues marécageux, soul vaudou et garage rock frénétique, le tout baignant dans une ambiance psychédélique pas piquée des champignons. Ce plan de conquête va passer par trois albums : Three Hairs And You're Mine, Mr. Supernatural et What is ?.
Ce sont les meilleurs moments de cette carrière en cours que la compilation The Supreme Genius Of King Khan & The Shrines, nous invite à parcourir. Sorti sur le label indépendant Vice Records, le disque est avant tout destiné au marché américain. Mais, soyons réalistes, il s’adresse à tout le monde tant King Khan est loin d’avoir le succès qu’il mérite pourtant largement.
Nous voilà donc plongés dans de pures orgies sonores, sur lesquels les cuivres en appellent à l'esprit free de Sun Ra, la rythmique au funk illicite de Funkadelic Parliament et les guitares aux incisions sous trip des Seeds. Quant à King Khan lui-même, il se frotte sans vergogne au Parrain James Brown. On pense même parfois à un autre cintré notoire, déjà adepte d’un rhythm’n’blues aux oripeaux vaudous : Screamin' Jay Hawkins.
Si le côté foutoir chronologique est tout à fait respectueux de l’esprit du groupe, il sera peut-être difficile, pour les non initiés, de se rendre compte d’une quelconque évolution. Et pourtant il est intéressant de remarquer que chaque album a sa couleur, et que l’inspiration de King Khan passe, au fil des disques, d’un garage soul très typé (« Torture », «Took My Lady To Diner »), vers des ambiances de plus en plus psychédéliques (« Land Of The Freak », « I Wanna Be A Girl »). Seule (très légère) déception : L'absence de la chanson en français, "Le Fils De Jacques Dutronc", hilarante parce que totalement débile. Ceci n’empêche pas de noter que le contenu de la compilation est tout de même plutôt complet puisqu'on y trouve également un titre du split cd avec les Dirtbombs, Billards At Nine Thirty, sur lequel King Khan atomise le groupe de Detroit, pourtant habitué de la sauvagerie punk'n'soul. Il semblerait que ces génies suprêmes ne connaissent pas les baisses de régime ou d’inspiration.
Ce qui fait largement saliver en pensant à leurs prochaines livraisons, que l’on espère moins confidentielles, grâce au succès que se doit de rencontrer cette compilation.