lundi 30 mars 2009

Du beau dans le banal

THE PAINS OF BEING PURE AT HEART
The Pains Of Being Pure At Heart

Que l’on trouve ses origines dans les feedbacks des Jesus And Mary Chain ou qu’on le considère à son apogée dans le mur du son de l’album Loveless de My Bloody Valentine, le shoegazing est un genre qui continue d’influencer de nombreux groupes. Depuis le rock psyché sous influences 60’s du Brian Jonestown Massacre jusqu’au post-indus de Jesu, en passant par Amusement Parks On Fire, Giant Drag ou encore Asobi Seksu.
Voilà qu’aujourd’hui un nouveau groupe reprend à son compte ces mélodies berceuses écrasées par un rempart de guitares fuzzées.
The Pains Of Being Pure At Heart, ne propose rien de nouveau. RIEN. Et fondamentalement, il n’y a pas grand-chose à dire sur ce groupe qui, malgré son origine New-yorkaise, évoque un condensé de toute la pop noisy et indé britannique (My Bloody Valentine en tête et même The Smiths pour un certain maniérisme). On pourrait s’arrêter là, donc. Ce serait un peu court et l’album l’est aussi (ce qui n’est pas la moindre de ses qualités). Avant ça, il faut affirmer une chose : Si on aime le genre, il est impossible de passer à côté de ce premier album faisant suite à une poignée de EP et de split cd. Il y a ici tout ce qui fait le meilleur de la noisy-pop et du shoegazing. Des mélodies consolantes et entraînantes, si belles qu’elles vous feraient accepter n’importe quoi, se faufilant au milieu de guitares nerveuses et éthérées ; Des voix masculines et féminines cajoleuses ; Une nostalgie de l’adolescence où se mêlent l’amour, le sexe et la mort.
Une fois l’album terminé, on n’est pas vraiment sûr d’avoir retenu une chanson en particulier sur les dix qui composent ce disque. Ca n’a aucune importance. Pour une fois, on enclenche la touche repeat, et on ne fait pas attention aux numéros des plages ni aux titres. Cet album est un tout infragmentable. Tout ce qui compte c’est la sincérité naïve qui se dégage de cette musique et qui passe des oreilles directement vers le coeur. Au point qu’elle nous transcende vers un absolu au-delà de la joie et de la tristesse. Répétons-le pour conclure : Il est impossible de passer à côté de ce premier album.

jeudi 26 mars 2009

J'reste ghetto

SPINNERETTE
Ghetto Love

En 2003, Coral Fang, troisième album des Distillers, imposait enfin le punk-rock du groupe et faisait de Brody Dalle une star. En toute logique, les Distillers se sont séparés. Un mariage avec Josh Homme et un accouchement plus tard, et voilà que Brody disparaît de la scène musicale.
Alors quoi ? Tranquille mère au foyer, la punk-rockeuse ? Naaaaaan. Brody Dalle et son complice Tony Bevillacqua (guitariste rescapé des Distillers) prenaient simplement le temps de composer l’identité musicale de leur nouveau groupe : Spinnerette.
Et maintenant que nous sommes enfin en présence de ce Ghetto Love, premier EP digital, qu’est-ce qui se passe ?
Ben déjà, on se rend compte que Spinnerette n’a plus rien à voir avec les Distillers. On pourrait très facilement reprocher à Brody Dalle d’avoir joué du punk pendant son mariage avec Tim Armstrong (Rancid), avant de se tourner vers un rock hybride dans l’esprit du groupe de son actuel mari (Queens Of The Stone Age, pour ceux qui ne suivraient vraiment rien). D’ailleurs la production est créditée à Alain Johannes mais on jurerait entendre la patte de Josh Homme (le son de basse, au hasard). Mais ce serait dommage de s’en tenir à ça.
D’abord parce qu’on voit mal Brody Dalle en épouse soumise, imitant gentiment son mari. Ensuite parce que sur les quatre titres de cet EP, Spinnerette affiche un son plus pop, teinté de petites touches électroniques. Cette orientation aurait plutôt tendance à rappeler les (quelques) meilleurs moments des premiers Garbage. En particulier sur "Distorting A Code", fausse balade pop-rock où la voix de Brody Dalle se fait réellement douce. C’est d’ailleurs un autre constat : fini les hurlements viscéraux et cathartiques entendus chez les Distillers. Brody ne crie plus que sur les chœurs du morceau « Ghetto Love ». Même sur « Valium Knights », seule véritable cavalcade rock’n’roll de l’album (malgré ce que laisserait penser son titre), elle préfère maîtriser sa gorge et tracer une ligne de chant accrocheuse.
Voilà pour la forme, mais qu’en est-il réellement sur le fond ? Eh bien, il faut admettre que les quatre morceaux présentés s’écoutent plutôt avec plaisir, sans toutefois être renversants. Les mélodies sont bonnes et les refrains catchy, mais il en faudra peut-être plus pour totalement s’imposer sur la longueur d’un album. On l’attend donc de pied ferme.

mercredi 25 mars 2009

Sales gosses

BLACK LIPS
200 Million Thousand

Avec déjà quatre albums derrière eux, on peut considérer les Black Lips comme un des plus grands groupes injustement méconnus, au monde. La faute à quoi ? Outre le fait que le groupe a toujours officié sur des labels indépendants (mais pas les moindres :Bomp !, In The Red, et maintenant Vice), il faut surtout reconnaître que ces quatre punks d’Atlanta sont d’authentiques sales gosses (les « Bad Kids » qu’ils célébraient justement sur leur précédent disque, Good Bad Not Evil). On ne connaît pas la gloire avec une attitude comme la leur, aussi bonne enfant soit-elle. Pour preuve du quotient de punkitude du groupe : lors de leur récente première tournée en Inde, les Black Lips ont été obligé de fuir le pays avec les flics au cul ! Pour indécence en public. Un des guitaristes du groupe ayant souvent l’habitude de se foutre à poil sur scène.Cette attitude, plus potache qu’agressive, se retrouve évidemment dans le flower-punk qu’ils pratiquent sur disques. 200 Million Thousand, comme leurs précédents albums, est un régal de morceaux garage rock foutraques aux textes souvent dignes d’ados américains nerdy (« Drugs », « Again & Again »). Mais également de fantastiques chansons psychédéliques aux arrangements délibérément boiteux, comme sur « Starting Over » (qui ne fait plus aucun doute sur leur amitié et les influences partagées avec King Khan), « Let It Grow » (qui doit autant s’adresser aux cheveux qu’à une certaine forme d’herbe) ou encore « Old Man ». On pense aux Seeds et aux 13th Floor Elevators, joués par une bande de morveux. On trouve surtout des tubes totalement imparables. Outre les morceaux précités, dans un monde idéal « Short Fuse » passerait en rotation lourde sur toutes les radios de la planète.Mais comme les Black Lips sont turbulents, ils se permettent également des choses que l’on n’attend pas forcément. Comme ce faux hip-hop foncedé et je m’en foutiste, « The Drop I Hold », qui sonne comme si Dr Dre trouvait ses samples dans la musique psyché des 60’s plutôt que dans le funk. Après cette amusante (et réussie) surprise le groupe revient au garage rock pur et dur avec « Body Combat », qui dégaine un riff digne des Sonics. Sur « I Saw God », les Black Lips jouent avec les codes de la censure, en parsemant la chanson de bips et autres bandes passées à l’envers. Aucun respect.Alors oui, les Black Lips méritent largement plus de succès que, au hasard, Razorlight. Mais c’est aussi parce qu’on sait que ça n’arrivera pas qu’on les aime. Au mieux, on peut leur prédire d’être redécouvert d’ici une quarantaine d’années (comme la majorité des garage band 60’s). Les Black Lips sont déjà là, le futur n’a qu’à bien se tenir.